Jean-Philippe Loys de Cheseaux, né en 1718, avait la passion de deux ciels: celui de la voûte céleste, qu'il connaissait intimement pour le scruter chaque nuit claire, cherchant, grâce à une acuité visuelle exceptionnelle, «s'il n'y aurait pas quelque chose de nouveau dans le ciel». L'autre ciel était celui de la Bible, dans lequel ce protestant fervent crut pouvoir, grâce à son génie des mathématiques, mettre des dates sur les prophéties de Daniel, et définir l'arrivée du Messie.


Le jeune savant, dont les travaux de physique écrits à 17 ans furent publiés par l'Académie des Sciences à Paris, épuisa sa fragile santé dans ses recherches et mourut à 33 ans, déchiré entre la science et sa ferveur religieuse. Il connut une gloire continentale grâce à ses travaux sur la comète de 1743, et fut distingué par les plus grandes académies européennes. Son nom reste attaché à quelques-uns des plus beaux objets du ciel profond, qu'il avait découvert et décrits en 1745.


On découvre dans ce livre un jeune prodige, petit-fils du célèbre philosophe Jean-Pierre de Crousaz, dans le contexte historique et social d'un Pays de Vaud alors bernois, en une époque charnière où, à Lausanne comme ailleurs en Suisse, émergent les Lumières. Les sociétés savantes et littéraires fleurissent, les protestants français persécutés forment leurs pasteurs à Lausanne, et on rencontre dans les salons nombre de princes aux études.



  

Nébuleuses et amas d'étoiles

Si le jeune Vaudois est encore cité aujourd’hui, et même quasi quotidiennement, dans le monde des astronomes amateurs et des astrophotographes, c’est parce qu’il a établi un catalogue de 21 nébuleuses, des objets du ciel profond  - autrement dit, de tout ce qui se situe au-delà du Système solaire. Ce catalogue fut un des premiers du genre.

Voici quelques-uns des objets découverts par Jean-Philippe Loys de Cheseaux, dont la liste fut transmise à L'Académie des sciences de Paris en 1746.

L'une des plus belles découvertes de Loys de Cheseaux: la Nébuleuse de l'Aigle, dans la constellation de la Queue du

Serpent.

L'amas ouvert nommé aujourd'hui Messier 35, dans les Gémeaux.

L'amas stellaire Messier 25, découvert par Loys de Cheseaux en 1745, se détache sur le fond d'étoiles très dense de la constellation du Sagittaire.

La Nébuleuse Omega, dans le Sagittaire, découverte en 1746.

Philippe Barraud

Philippe Barraud

Philippe Barraud

NASA, ESA, and the Hubble Heritage Team (STScI/AURA)

La comète de 1743-1744

Le 13 décembre 1743, Jean-Philippe Loys de Cheseaux fait un premier pas dans l’Histoire: il découvre celle qui sera la Grande Comète de 1744, exceptionnelle par sa luminosité, la durée de sa présence visible dans le ciel de l’hémisphère nord, et l’apparition, jamais observée auparavant ni après, de non moins de six queues.

Il l’a littéralement décortiquée, expliqué sa nature et son orbite, suivie pendant des mois, ébloui le monde scientifique en prévoyant précisément sa trajectoire.

Le livre qu'il lui consacra, illustré de sa main, fut publié à Lausanne en 1744. Il fut salué par la communauté scientifique européenne.

Dessinateur et géographe

Jean-Philippe Loys de Cheseaux se passionnait aussi pour l'histoire et la géographie, ce qui est moins connu. Par exemple, il a déterminé l'alttitude du Mont-Blanc - Mont Maudit à l'époque - par une méthode autre que la trigonométrie.

Après avoir établi la longitude de son observatoire de Cheseaux, il utilisa ces nouvelles données pour établir une carte de la Suisse, enrichie d'éléments historiques, donnant au lac Léman une physionomie qu'on ne lui connaissait pas.  Cette magnifique carte en taille douce sur cuivre, gravée sur quatre panneaux, a été établie à la demande de l'historien Charles Guillaume Loys de Bochat, et publiée par l'imprimeur lausannois Marc-Michel Bousquet.

Féru d'histoire et d'astronomie, Philippe Barraud est écrivain, et journaliste.

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